Narrer la Vie

Tout dans la vie est narration. On raconte des histoires, on en écoute, on en vit. Qu’elles soient fictives, réelles ou comme souvent un complexe mélange des deux, les histoires font le monde autour de nous. Elles se situent dans le passé, le présent ou le futur. Notre identité propre en tant qu’individu est une histoire, d’où on vient, ou on aimerait aller. De la même manière on observe la race humaine comme ayant une histoire. Même l’univers a une histoire. Ce n’est peut-être que la conséquence logique que notre existence, l’existence de toute chose que l’on conçoit d’ailleurs, est temporelle. On existe dans le temps, le traversant dans notre vie de la même manière que la plus petite des particules le fait aussi pendent les quelques nanosecondes de son existence. L’existence est inscrite dans le temps.

La narration n’est pas la réalité. Quand on raconte une histoire on oublie, volontairement ou non, des aspects, on fait des petites modifications des événements passés. Est-ce important ? Uniquement si on essaye de rechercher la vérité. La manière dont on perçoit la vie n’a rien à voir avec la vérité. Cependant on peut y croire dur comme fer. Les recherchent scientifiques ont prouvé que notre cerveau modifiait avec le temps les souvenirs. Ils ne restent pas immuables dans notre esprit. J’imagine qu’on ne doit pas être conçu pour avoir une vision exacte de notre histoire, mais plutôt pour avoir une histoire qui s’adapte un peu plus à se qu’on souhaite qu’elle soit. Sûrement afin de concilier la réalité et nos désirs, adoucir nos peines et rendre le monde un peu plus proche de nous.

Le Pessimiste et l’Optimiste

Peut-on se permettre d’être pessimiste ? Dans la vie de tous les jours, dans les choix et décisions que l’on doit prendre, dans notre vision de la vie ? Certains ont une vision pessimiste de l’Homme et de son avenir et n’attendent pas grand-chose de l’aventure humaine. D’autres, au contraire, se battent corps et âme dans un combat pour le progrès, quel qu’il soit, dans le rêve de faire du monde un endroit un petit peu meilleur.

La question n’est pas de savoir qui a raison. Je dirais plutôt que la question est de savoir quelle approche de la vie donne plus de sens à la vie elle-même. Dans un mythe que j’aime beaucoup, l’histoire de la boite de Pandore, il reste au fond de celle-ci l’Espérance. Face à tous les maux de l’humanité, elle reste notre meilleure arme. Ce que je veux mettre en évidence est que la vie vaut bien mieux la peine d’être vécue si on la traverse avec espoir et optimisme. Le pessimisme est un frein aux aventures, aux opportunités et à la vie elle-même, il empêche de vivre. Ce que j’essaie d’expliquer est que si l’on se décide à être optimiste, si on en fait le choix, la vie offre plus de choix et d’opportunités.


Je sais qu’en pratique, cela est un peu plus difficile à faire. Les gens ne choisissent généralement pas d’être pessimiste ou optimiste, cela dépend du caractère mais également de l’expérience de vie de l’individu. Le pessimisme résulte souvent d’un mécanisme de défense pour contrer, à l’avance, toute possibilité de déconvenue. Un peu comme le cynique, la pensée découle plutôt d’un découragement face à la difficulté ou à l’impossibilité d’une chose.


Cependant, il y a un moment dans la vie ou l’on prend conscience de cela. Et c’est à se moment là qu’on a la possibilité de choisir d’être optimiste ou pessimiste pour le restant de nos jours.

La Destruction des Idéaux

Je pense qu’une partie de notre malheur vient de nos idéaux. Ils sont à la fois une sorte de guide de vie, de perfection à atteindre ou de combat à mener. Mais de la même manière ce sont également des barrières qui nous séparent des autres, un découragement quand on voit que le monde est si loin des idéaux desquels on essaie de le façonner. Je trouve même que parfois, cette différence entre nous et les autres ou envers la société est aliénante et peut être source de bien des malheurs.

Ceux-ci peuvent être extrêmement douloureux. L’aliénation de la société ou l’éloignement des autres créent un sentiment de ne pas être à sa place et d’isolement qui peut être très dur à vivre. Il peut même parfois rendre la vie tellement difficile que la question de garder ces idéaux en soi, de continuer à essayer de les florir devient synonyme d’un combat constant et d’isolement rends la vie impossible. On peut argumenter que les idéaux sont des idéaux justement parce qu’ils sont plus grand que le confort de vie, ou que la vie elle-même. On peut justement se poser la question de savoir si ce sont vraiment des idéaux si on hésite à sacrifier notre confort de vie pour suivre ces idéaux ?

On met ici le doigt sur une question que je trouve fondamental. Qui plus est dans une ère dans laquelle le sens de la vie repose sur la vie elle-même, pas dans un au-delà, dans un avenir sociétal ou encore dans un progrès pour lequel il fasse se sacrifier. Dans le monde occidental moderne, toute notion de sacrifice pour une plus grande cause, et là je parle de sacrifice total, c’est-à-dire y sacrifier sa vie, est presque vue comme quelque chose de malsain, d’hérétique et à proscrire. Même les tenant de la décroissance économique au profit de la cause environnementale ou les membres de l’Aquarius ne sont pas prêts, à mon avis, à mourir pour leur cause. Je peux évidement me tromper, loin de moi la volonté de vouloir diminuer leurs combats, et ils ont tout mon respect pour l’énergie qu’ils y mettent. Il faut cependant également rajouter quelque chose, c’est que ces combats ne sont pas totaux dans le sens où ils monopolisent rarement toute une vie et dans lesquels la mort est rarement nécessaire.

Le problème est justement peut-être là. Dans un combat non-total, en parallèle duquel les autres aventures de la vie se découlent aussi, celui-ci a des conséquences qui peuvent être importantes, comme je l’ai mentionné plus haut. La décision la plus sage serait alors de les détruire. Une vie sans idéaux, mais une vie plus heureuse, plus en communion avec les autres et en relation avec la société. Je ne veux pas là dire qu’il faut absolument pour que plus rien ne subsiste. Mais à la place d’idéaux, on aura plus ce que j’appellerai des valeurs. Quelque chose de mon transcendant, qui accaparent moins l’âme de l’individu. Avec une pointe de cynisme, on pourrait même utiliser le terme de hobby.

Est-ce une déchéance morale et spirituelle ce que je propose ? Peut-être. C’est effectivement une sorte de retour au moment présent, à une vie plus sociétale et même médiocre pourrait-on dire. Mais ce serait une vie plus confortable, plus heureuse je dirais même, qui convient mieux je trouve à un temps ou l’humanisme peine à prouver que la promesse d’un Paradis sur Terre que nous apporterait le Progrès n’est plus qu’un vieux rêve.

L’Ecologie

L’écologie, le problème du réchauffement climatique, la pollution sont un problème très grave actuellement. Le résoudre est primordial. Mais primordial pour qui ? L’Humanité ? La nature ? La planète ? Tout ce monde ? C’est une partie de la question écologique qui n’est jamais abordée.

Rien n’est défini quand on parle d’écologie. On mélange pollution de rivière et réchauffement climatique, trou dans la couche d’ozone et disparition de la diversité animale…. C’est une erreur de penser que tout cela est la même chose, le même problème et dont les solutions sont les mêmes. La seule chose en commun est la nature humaine de ces problèmes. Et il est vraiment important de séparer ces différents aspects parce que les raisons pour lesquels il faut combattre la pollution humaine ne sont pas les mêmes.

Qu’est-ce que l’écologie ? Il est important de répondre à cette question. Et même si la réponse à cette question est un ensemble de réponses, il est important d’y apporter à chacune d’entre elle une action adéquate. Ceci pour une seule bonne raison : l’Homme pollue. L’activité de l’Homme cause un dérèglement de son environnement. On pourrait imaginer une société ou l’impact sur la nature de l’activité de l’Homme est nulle, mais ce n’est pas encore le cas. Et donc la réponse que doit donner la société humaine dépends directement de ce qu’on essaye de faire. Sauver des espèces en voie d’extinction est important. Mais leur sauvegarde est elle plus importante que le développement de la société humaine ? D’autant plus si on garde leur ADN, ou que l’on sauvegarde quelques spécimens en captivité, non ?

Ce que je veux faire remarquer est que lutter contre la destruction de l’habitat d’animaux est une chose, lutter contre le réchauffement climatique une autre et lutter contre la pollution d’une rivière une troisième. Et il est important de ne pas tout mélanger.

Développement et Civilisation

Les romains parlent de la lumière de Rome face aux barbares. L’Europe a parlé d’abord d’instaurer la chrétienté face aux païens, puis la lumière de la civilisation occidentale face aux peuples non-développés. Aujourd’hui encore le discours est celui du développement face à la barbarie. Il vaut mieux avoir un peuple sachant lire et écrire qu’analphabète. Il vaut mieux avoir un imposant PIB qu’un petit et être un « pays en voie de développement ». On classe les pays en usant des facteurs macro-économiques qui montrent bien la position humaniste du monde. La logique qui se prétend universelle et construite par l’occident des droits de l’Homme prétends détenir les clés du bonheur humain.

Sans entrer dans une logique du choc des civilisations, il faut reconnaître que cette logique de développement est l’héritière directe de la volonté d’expansion occidentale d’apporter la bonne parole au monde. Les droits de l’Homme sont d’ailleurs explicitement universels par leur définition. Les autorités mondiales de gouvernance et de référence, comme la Banque Mondiale par exemple, suivent la même logique universaliste.

Ces critiques et observations ne sont pas nouvelles. Et d’ailleurs les arguments qui accompagnent ce discours sont les mêmes que ceux d’avant. On dit que l’histoire est un éternel recommencement, mais je ne pense pas que cela soit le cas ici. Pour moi, on a juste affaire à la même idéologie, seulement transformée pour mieux s’accaparer de la robe de la moralité dominante, qui cherche à s’imposer comme la seule et vraie voie à suivre pour le monde. Ce qui m’impressionne toujours, ce que cela manque toujours de la même chose, cela manque d’humilité qui rendrait la chose bien plus agréable, moins totalitaire et surtout plus humaine.

L’Impasse Humaniste

L’humanisme est un échec. La volonté et l’idéologie issue du siècle des lumières montre actuellement, après un siècle ou l’on a pu observer les pires dérives violentes de l’humanisme. L’Homme est Homme. Cela peut paraître quelque peu primitif et simpliste de le rappeler, mais c’est pourtant un aspect qui est totalement occulté par les humanistes. La volonté de progrès humaniste s’écroule en face de cela. On peut prendre tous les facteurs socio-économiques que l’on souhaite, et effectivement y voir un certain progrès en les observant. Encore que cela se traduit plutôt dans une augmentation du pouvoir d’achat et, bien qu’en étant très bien, je trouve cela bien loin d’une quelconque amélioration, ou même de quelque changement, spirituel de l’homme.

Les derniers progrès permettent à l’humanité de crouler de plus en plus sur elle-même. Un nombrilisme qu’on choisit nous même de d’acheter et on n’a pas changer depuis La Boétie. Des étoiles, on est très vite retourné se regarder soi-même et nos écrans. Les fake news gouvernent de plus en plus les discussions, et les tentatives sont trop inefficaces pour faire avancer quoi que ce soit. On préfère choisir nos vérités, choisir ce que l’on veut entendre, parce que c’est beaucoup plus facile que de devoir se battre contre nos préjugés et fausses idées. C’est une excellente image contemporaine de la faiblesse de l’Homme.

Nous voici dans une impasse. On peut choisir abandonner toute tentative de trouver le Paradis sur terre et peut-être qu’une société beaucoup plus anarchique et primitive sera ce qui est de mieux. Une autre voie sera peut-être celle de l’évolution. L’évolution de l’Homme par L’Homme lui-même dans le but de se surpasser tout en se détruisant, on appelle cela le transhumanisme.

Cependant, une troisième voie est peut-être la clé. Une voie dans laquelle on peut s’épanouir tout en restant nous-même. Si l’on accepte la médiocrité de l’Homme, nos faiblesses, nos peurs, nos biais peut-être que les portes du Paradis se trouveront ouvertes pour nous. Nous accepter-nous même, en tant qu’espèce sera peut-être notre prochaine étape. Mais je suis sceptique sur cela, la volonté d’insatisfaction et de vouloir se transcender, comme individu et comme peuple, n’est ce pas ce qui nous caractérise comme humains après tout ?

Actualité

L’actualité est un concept bien particulier. C’est quelque chose de normal que de se tenir au courant de l’actualité – De qui a gagné la coupe du monde, de quelles guerres son en place, de quel politicien a dit quelles bêtises, etc. Il y a des traces de chroniques écrites déjà au septième siècle av. J.-C. en Chine avec les Annales des Printemps et Automnes, preuve que le concept est loin d’être récent. Aujourd’hui il est plus que commun de regarder le journal de 20h, de lire les nouvelles sur un site tel que Facebook ou, selon les régions du globe, les avoir à travers Wattsapp. Et beaucoup de gens accompagnent aussi d’un discours clamant que c’est important d’être au courant de l’actualité, que c’est pour savoir comment va le monde. Cela a un aspect très social aussi, de pouvoir discuté, et d’avoir un semblant d’avis sur la société.

Cependant je trouve que cette manière d’apprendre et d’acquérir des informations est très discutable. Je ne vais pas m’étaler sur les problèmes intrinsèques de cette forme d’acquérir des connaissance – le biais du média en place, l’équilibrage entre les informations triviales et importantes, la différence entre le traitement des faits locaux et internationaux, Junk food news… Non, le problème vient du concept d’actualité en lui-même. L’actualité peut faire croire que l’on comprend le monde, que l’on sait comment ça marche, que l’on est au courant des choses importantes. Mais le monde est plus complexe qu’une suite de fait cités de temps à autre.

Je pense que l’on gagnerait à prendre le temps de comprendre un sujet. De lire un livre, de lire un article conséquent, de prendre le temps de réfléchir sur un sujet donné, e prendre le temps d’apprendre. L’actualité ne permets pas d’avoir du recul sur un sujet, ni d’avoir accès a divers points de vue. Il faut arrêter de considérer que l’actualité a la même importance et la même taille chaque jour pour tenir dans un journal, papier et télévisé, ni que cela est même journalier, ou que ça tient sur ce qui est partagé sur Facebook ou Wattsapp. Il faut arrêter d’être passif quant à l’actualité, et commencer à être pro-actif vis-à-vis de ce qu’on essayer de comprendre.

Regarder les étoiles

Le 21 juillet 1969 l’Homme marcha sur la Lune et fut pour moi le dernier grand exploit aventurier de l’humanité. Depuis l’Homme s’est replié sur lui-même et a renoncé à aller plus haut et plus loin. Il se concentre sur lui, sur son bien-être, sur son identité et sur ses expériences Il est presque devenu nombriliste. Les améliorations technologiques ne servent plus qu’à améliorer le confort présent du moment de la vie quotidienne. Les revendications sociales concernent la volonté pour un individu de vivre sa vie sans pression social, par l’identity politics, ou une amélioration de leurs conditions de travail et matérielles.

Le temps du programme Apollo est bien loin. Bien évidemment, une des raisons principales de celui-ci est politique et le premier cynique venu dira que sans la guerre froide il n’y aura pas eu de voyage sur la Lune. Mais qu’importe ! L’important dans tout ça, n’est-ce pas la Lune ? Aller plus loin, plus haut ! De faire rêver ! Peut-être que cela ne célèbre que trop l’hubris de l’Homme, et bien évidement cela ne doit pas être choisi au détriment d’autre problèmes plus urgents ou plus importants auxquels l’espèce humaine doit faire face. Mais cela redonnera, à mon avis, un peu plus de sens à l’évolution technologique humaine et redonnera un sens de grandeur et de visions vers l’avenir que nous avons perdu.

Aujourd’hui une nouvelle course à l’espace est lancée. Même si elle n’a pas la même aura qui l’accompagne, peut-être saura t’elle raviver quelques flammes…. L’Homme devrait se souvenir de la beauté d’un ciel étoilé et que l’aventure humaine n’en est encore qu’à ses débuts.